Mairie de Comps-Gard
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Julia MULEDDA - Comps
 

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HISTOIRE : LA SEPARATION DE COMPS ET VALLABREGUES PDF Imprimer Envoyer

Georges Sudres, historien, conseiller municipal de Vallabrègues nous a fait cadeau d'un article aussi documenté que passionnant sur l'histoire de la séparation de Comps et de Vallabrègues

 

 

       

 

 

        La séparation de Comps et de Vallabrègues au

 

  moment de la Révolution est  liée aux crues du Rhône

 

 

 

La séparation des villages de Comps et de Vallabrègues est une longue et douloureuse histoire qui a duré toute la période de la Révolution pour être réglée sous l’Empire en 1808. Les deux communes n’ont formé pendant longtemps qu’un seul territoire dépendant de Vallabrègues. Mais le Rhône est venu peu à peu les séparer. (1)

 

Pendant longtemps ces deux villages n’ont formé qu’une seule communauté avec les mêmes consuls, la même justice, les mêmes impôts et un seul compoix. Seule différence, l’appartenance à deux diocèses différents, Comps à celui d’Arles, Vallabrègues à celui d’Uzès. Alors pourquoi cette séparation décidée en 1790 ? La réponse est à chercher du côté du Rhône et du côté de la Révolution. (2)

 

 

      

                                         Comps et Vallabrègues au moment de la séparation ( ADG 1785)

 

 

Du côté du Rhône, en effet, le fleuve coulait entièrement entre la Montagnette et Vallabrègues qui était donc totalement en terre languedocienne que rien ne séparait de Comps. Puis peu à peu, le Rhône va entourer Vallabrègues et son bras principal va séparer Comps de Vallabrègues, rendant les communications de plus en plus difficiles entre les deux villages. En effet, pour diminuer les inondations,  Vallabrègues décide de fermer le bras de Provence en 1751 en faisant appel à l’ingénieur Henri Pitot (1695-1771), aramonais d’origine, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées du Languedoc à cette époque. On lui doit de nombreuses réalisations comme le pont routier accolé au Pont du Gard, l’aqueduc des Arceaux pour l’alimentation en eau de Montpellier. Il s’intéresse aux travaux d’assèchement des marais comme les Paluns d’Aramon et  rédige plusieurs rapports sur le Rhône et la lutte contre les inondations. C’est depuis cette époque que Vallabrègues et définitivement rattaché à la terre provençale tout en restant administrativement une cité languedocienne. Mais  cette modification faisant passer tout le Rhône entre les deux villages ne va pas arranger les affaires de Comps.  Dans un Mémoire de 1790, les habitants de Comps précisent à l’art. 3 : « Il est vrai que le lieu de Comps, uni autrefois pour le temporel avec Valabrègues, n’en était séparé que par la rivière du Gardon. Mais le Rhône ayant démoli la montagne qui séparait les terroirs de Valabrègues et  de Comps d’avec ce fleuve, il en résulte que les deux villages sont actuellement séparés, et que la communication en est interrompue; ce qui a obligé les Habitants de Comps de solliciter, depuis cette époque, la formation d’une Municipalité. » L’art. 5 insiste: « Que deux villages qui peuvent s’aborder facilement l’un l’autre, soient sous le régime de la même Municipalité, à la bonne heure; mais Valabrègues et Comps sont éloignés l’un de l’autre; le Rhône est entre les deux; et pour aller de Comps à Valabrègues, il faut passer deux barques. »

 

 

        

                             Comps en 1785 au bord d’une branche du Gardon qui n’arrive pas jusqu’au Rhône à l’époque.

                                                   Le cours actif est plus au Nord. Ce bras mort pénalise son port.

 

 

 En effet, les seuls moyens à l’époque pour traverser le fleuve sont le détour par le pont de bateaux de Beaucaire ou le bac à traille, la traille étant une corde de chanvre tendue en travers du fleuve pour guider le bac. Une traversée périlleuse comme le signalent les négociants de Nîmes qui fréquentent le port de Comps. Ceux-ci se plaignent de l’absence de municipalité à Comps pour régler les différends entre acheteurs et vendeurs. En effet lorsqu’il y a litige, il faut se rendre à Vallabrègues et donc traverser le fleuve.

Cet argument est retenu par l’Assemblée départementale le 26 novembre 1790: « Considérant que le lieu de Comps est séparé de celui de Vallabrègues par deux branches considérables du Rhône, que cette distance et cet obstacle privent souvent une population de six cents âmes que renferme le lieu de Comps des avantages de l’ordre dont le port et le commerce de ce lieu ont besoin ». Comps est, à cette époque, un port important pour les échanges dans la région, en particulier pour la ville de Nîmes. Un document mentionne même que « c’est le dépôt de tous les blés et légumes que la Bourgogne fournit à nos contrées ».

 

 

         

                                                          Le bac à trailles qui relie Comps à Vallabrègues en 1785

 

 

 

La séparation est à chercher aussi du côté de la Révolution. Le décret de l’Assemblée Nationale du 12 novembre 1789 stipule qu ’ « il y aura une municipalité dans chaque ville, bourg, paroisse ou communauté de campagne ». C’est l’occasion pour Comps qui dépend encore de Vallabrègues comme le rappelle le Cahier de Doléances, de demander à former une municipalité séparée. C’est ce que réclament les compsois  réunis le 18 avril 1790 dans la maison d’un nommé Guillaume Quentin: « tous les habitants et citoyens actifs du lieu de Comps se sont assemblés pour délibérer de la séparation , préparer les élections et donner avis au Maire de Vallabrègues de cette délibération ».

             Le 19 avril, Comps envoie une députation à Vallabrègues «  pour porter une délibération en forme de supplication » La réponse du Maire du chef-lieu est un rejet pur et simple: « Comps n’a pas pouvoir de s’ériger en municipalité distincte ». Comps contre-attaque, le 24 avril, « les citoyens actifs de Comps ont unanimement délibéré de former ladite municipalité ». Le 25 avril, les élections ont bien lieu après la messe du dimanche par l’Assemblée des citoyens actifs de Comps. Le maire élu se nomme Thomas Guigue. Il obtient 73 voix. C’est le premier maire de Comps.

Pendant ce temps, à Vallabrègues, on parle d’insurrection, on demande la cassation de l’action faite, on déclare les compsois rebelles à la loi. L’affaire est portée, le 26 novembre 1790, devant l’Assemblée du département qui déclare dans son procès- verbal que la communauté de Comps est autorisée à se séparer de Vallabrègues et à former une municipalité particulière. Le 16 janvier 1791, Vallabrègues, après une délibération qui a dû être difficile consent à cette séparation: « Comps forme de sa propre autorité une municipalité  ».

 

 

       

                        Ce superbe croquis de Comps entouré par le Gardon et le Rhône réalisé en 1790 pour appuyer

                     les Mémoires qui instruisent le dossier de la séparation de Comps et de Vallabrègues, Valabregue,

                   indiqué sur l’autre rive. A cause du Rhône, ces deux villages se sépareront en 1808. Archives du Gard

 

 

L’indépendance obtenue, il reste  à faire le plus dur, peut-être, la séparation des terres et de toutes les affaires communes aux deux communautés: « territoire, dettes et affaires ».Cette opération demandera du temps et rencontrera de nombreux obstacles. Ce partage des terres et par conséquent des habitants sur les lisières des villages est une opération qui va être longue et provoquer des rancœurs car les territoires ont subi des modifications à cause du Rhône : problèmes de bornage, de délimitation des terroirs, de l’appartenance des îles. La séparation va ainsi durer 18 ans avec des phases difficiles comme en avril 1791 où la garde nationale de Vallabrègues prend le bac pour « aller mâter  l’insurrection » des compsois qui ont coupé des arbres dans une zone non partagée. Ou des phases de réconciliation comme en septembre 1794 où un texte mentionne que : « les habitants de Comps ne demandent pas mieux que de vivre en véritables amis et voisins avec ceux de Vallabrègues et que la concorde doit régner en un temps où nos respectables représentants accordent à toute la République une liberté après laquelle nous soupirons depuis longtemps ». Finalement la séparation ne sera  réglée définitivement qu’après la Révolution, sous l’Empire de Napoléon avec le décret impérial du 12 avril 1808.

En 1989, les deux municipalités ont commémoré cette séparation par une cérémonie accompagnée d’une traversée  du Rhône en barque par les élus, d’un banquet républicain et de l’inauguration d’une stèle qui est toujours visible sur la route d’Aramon, après le barrage. Aujourd’hui de nombreux liens unissent les deux villages séparés administrativement depuis plus de deux cents ans.

                                                                                            

 

Georges Sudres (Mars2009),

Professeur agrégé d'histoire, conseiller municipal de Vallabrègues en charge du patrimoine, titulaire d'un DEA (Université d'Aix) sur le Rhône au 18e s.


  1.  Pour ce thème, les documents proviennent essentiellement des A D du Gard 3 P 65 et A C V 1 D.

              2. SUDRES G. , «  La séparation des villages de Comps et de Vallabrègues »,  Bulletin de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Beaucaire, N° 117, juin 1993.